Premier rendez-vous – réduction mammaire

chirurgie-nimon1200.jpg

Image ICI

Ce n’est pas un secret, et je ne compte pas que ce le soit : je suis en surpoids. Je « souffre » d’obésité morbide ou sévère – peut-être que « morbide », c’était justement trop morbide et ils l’ont changé, je ne sais pas et je m’en fous. J’ai un rapport complexe à la nourriture, à la cuisine, à mon corps et je nie pas mal de choses. Je sais que les nie, je sais que y a pas mal de choses sur/dans mon corps que je ne veux/peux pas voir.

Il y a quelques temps, j’ai fait une démarche (me première et peut-être ma dernière) pour essayer de faire quelque chose par rapport à mon corps. J’ai des seins plutôt imposants – à mon grand désespoir mais au grand plaisir de tous les hommes avec lesquels j’ai pu coucher – et mon médecin traitant m’avait dit que je pouvais faire une opération pour les réduire, pour en enlever un peu, au moins. Ok, pourquoi pas essayer. J’ai pris rendez-vous et j’en ai eu un … seulement cinq mois plus tard.

C’est la même clinique que celle où je viens deux fois par an. Mais aujourd’hui, elle semble complètement différente. Je n’ai pas cette petite excitation teintée de fierté des autres fois où je passe la porte. Je n’ai rien. Je bois mollement une canette d’Oasis et je me cherche l’aile où je dois aller.

C’est de l’autre côté. A gauche en entrant depuis l’accueil. Et là, dans la salle d’attente, il n’y a personne pour m’accueillir. Un simple mot « En cas d’absence, allez dans la salle d’attente ». Je rentre en disant bonjour, gênée. Un enfant. Sa mère. Une femme magnifique. La question bizarre qui flotte dans l’aire : pourquoi sont-ils/elles là ?

L’Oasis fait son effet. Je sors pour aller aux toilettes et croise la secrétaire. Elle me demande mes informations. Je lui donne mollement mon adresse et la lettre de mon médecin. Aux toilettes, j’essaye de recharger mon portable mais j’ai trop peur de rater mon rendez-vous alors que je viens d’attendre cinq mois pour savoir ce qu’il en est. Je retourne dans la salle d’attente. L’enfant et sa mère s’en vont.

J’ai peur. J’appréhende. Peur de devoir me dévoiler. Peur de devoir dire mon poids – encore faudrait-il que je le sache. Je lui dirais que je ne sais pas. Je sais l’ordre de grandeur mais pas le poids précis.

« Madame, c’est à vous. Au fond du couloir. Asseyez-vous. »

Son bureau est bien trop rangé pour qu’on aie l’impression que quelqu’un travaille ici. Trop rangé pour comprendre que quelqu’un bosse toute la journée. Trop immaculé pour que l’on se sente en sécurité.

« Qu’est-ce qui vous amène ? »

Je voudrais un café et un croissant. Je me retiens. Il ne me connaît pas. Je lui explique le pitch : cela fait plusieurs années que mon médecin traitant me dit que ce serait cool de faire quelque chose par rapport à mes seins… etc.

« C’est vrai que vous avez de la poitrine. »

Ah bon ? Je l’avais pas vue, personnellement. Il me toise et m’indique qu’en plus d’avoir une grosse poitrine, j’ai quand même un surpoids important, comme on dit dans le jargon. Je sais. Il sait que je sais, mais il est obligé de me le dire.

« En l’état, je peux pas vous opérer. »

Il tient à m’expliquer pourquoi, techniquement. Avec précision. Mon estomac se noue. En l’état. Comme une voiture qu’on achète en l’état, avec la portière gauche défoncée et le moteur HS. Encore un médecin avec un tact fou – même si je suis pas la meilleure personne pour parler de tact. Quand j’ai évoqué que mon médecin m’avait dit qu’il n’était pas nécessaire de perdre du poids avant l’opération, il m’a expliqué les complications possibles etc etc… Je ne peux pas lui reprocher son manque de professionnalisme. En l’état.

« Vous êtes déçue ? »

LOL. Bah oui, quelque part. Je pensais que c’était plié. Mais vu que tu viens de passer dix minutes à me dire que j’étais trop grosse pour que tu acceptes de m’opérer, oui je suis un peu déçue. Le pire c’est que j’ai senti que j’allais pleurer. Je me suis retenue et je n’ai pas pleuré mais je sentais ma voix se serrer quand je prenais la parole et j’ai horreur de ça.

Réaction après le rendez-vous

C’est dur, c’ets très dur. Très très dur. C’est non. Pas tant que je n’ai pas perdu du poids. 20Kg. 20 ! Quel … obstacle ? Il va falloir que je réfléchisse, beaucoup.

Comme tous les médecins, il m’a sorti le couplet sur l’obésité, sur le surpoids. Je sais. Je sais. Je sais. Des fois j’ai envie de le hurler. Comment leur dire à tous ces gens de la médecine que je suis au courant mais que je n’ai pas encore eu le déclic ? Ai-je besoin du déclic ? Ai-je besoin de changer ? Pour qui ? Pour quoi ?

Maigrir, le mot honnis.

Et en même temps, je le savais. Dès que je suis entrée, je le savais. Mais comme toujours…

Hors normes. Ce sont ses termes. Hors normes. J’ai horreur de cette phrase.

Il faut que je réfléchisse.

Il a dit qu’il ne reviendrai pas vers moi. Il a dit que cela devait être ma démarche. Sauf que, aujourd’hui, je ne sais pas si je veux le faire ou non. Si je veux aussi mettre le 1500€ qu’ils me demande en plus en frais d’honoraires. 1500€. Le prix d’une voiture d’occasion – pour une paire de seins neuve et plus petite. Déjà que juste pour un «non faut perdre du poids» j’ai dû payer 60 € je rigolais sous cape quand la secrétaire m’a dit ça.

Réflexion en cours ….

Publicités

4 commentaires

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s