Ma relation avec ma Grand-Mère

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Image : Photo by Cristian Newman on Unsplash

 

Au vu de ma récente visite dans son fief depuis… longtemps (30 ans, je crois), j’ai eu l’occasion de me poser des questions sur cette relation que nous avons toutes les deux. Et je pense que si je me pose ces questions aujourd’hui, ce n’est pas par hasard, mais par vrai questionnement sur la nature de mes relations avec les autres. Je ne saurais comment le décrire exactement mais je sais que, à commencer en Août, j’ai commencé à disséquer les relations que j’avais avec les différentes personnes qui sont dans ma vie, de près ou de loin. Je n’ose pas vraiment me l’avouer, mais je sais que cela s’est fait en partie suite à son départ, parce que, comme son arrivée, il m’a amené à mes poser tout plein de question sur moi et ma façon de voir les choses. Mais c’est un autre sujet.

Depuis toujours, avec ma Grand-Mère, on est très proche.

Après ses trois fils et mes deux frères, elle a été comblée de voir que le dernier bébé n’était pas un mais une. La joie et l’admiration. La seule fille. Son unique petite-fille. Avec qui j’ai noué une relation fusionnelle, d’aussi loin que je me souvienne. Dimanche soir, 17h, mon rituel. « Papa, c’est l’heure d’appeler Grand-Mère ».

En grandissant, on aurait pu croire que le rituel se serai étiolé mais non, il est resté. Au passage dans l’adolescence, j’étais toujours là, le dimanche soir, pour lui raconter ma semaine, lui parler des cours, des amies, des sorties éventuelles. Jamais je ne lui ai parlé de mes mauvaises notes, je pense m’en souvenir. J’ai du le faire une fois mais cette fois passée, je pense que j’ai eu tellement l’impression de la décevoir que je ne m’y suis jamais risquée à nouveau. Le savait-elle ? Savait-elle que je faisais cela pour ne pas perdre de ma teinte si vive à ses yeux ?

Le rituel a continué quand j’ai commencé dans la vie active. Mais j’ai commencé à me rendre compte de pas mal de choses. Et d’autant plus aujourd’hui, rétrospectivement.

Quand j’étais prof, je sais que je lui cachais beaucoup de choses sur la vérité de ma situation : une prof pas à sa place et déprimée, je ne sais pas si elle l’aurait supporté. Je ne pense pas. Elle ne sait pas pour mon burn-out, elle ne sait pas que je me sens pas si bien que ça, elle ne sait pas que je suis déprimée, ou du moins que j’ai plus de tendances que certains à broyer du noir. Et je ne me vois pas lui dire. Ai-je peur que cette image de petite fille adulée et tant attendue qu’elle s’est forgée dans sa tête se casse, si je lui dit la vérité sur ce que je suis, sur ce que je vis, sur ma vie en général ? Vais-je m’écrouler si j’essaye de lui en parler ? Pour ma part, je sais que je ne pourrai pas tenir une minute sans pleurer dans cette conversation. Mais elle ? Est-elle capable, à 82 ans, de voir l’image chérie de sa petite fille cassée comme cela ? Survivrai-t-elle à voir que sa précieuse petite-fille n’est pas si précieuse que ça ? Sait-elle voir, avec la relation que nous avons, que je suis pleine de brisure, de cassures que j’essaye de cacher quand je suis avec elle ? Je veux jouer à la Wonder Woman, trop forte etc.. mais elle doit bien savoir que je suis fragile comme une feuille, que, comme une feuille, je suis chahutée par le vent, et qu’à la moindre tempête, au moindre coup de vent, je tombe et qu’il me faut du temps pour me relever.

Je vois comment elle me regarde depuis qu’elle ne peut plus ignorer mon obésité. Je sais que, comme tous, elle essaye d’être bienveillante. Mais elle fait des bourdes et elle essaye (encore) de me raisonner. « Il faut marcher, c’est bon pou la santé » ou « Je devrais peut-être pas faire des gâteaux tant que tu es là » sont des phrases qui sortent assez facilement de sa bouche. Je sais bien qu’elle ne le fait pas pour me nuire, pour m’enfoncer ou pour me faire du mal. Comme ma mère, cela part d’un endroit de peur pour ma santé et pour ma vie, in fine. Mais elle obtient parfois, toujours comme ma mère, l’effet inverse.

Mais Grand-Dieu que je l’aime ! Malgré ses erreurs, les miennes, son caractère et le mien, je n’ose même pas imaginer quand elle ne sera plus là. Je l’aime tellement.

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