NaNo Prompts 2022 – Jour 15

Il faisait beau, la première belle journée de printemps, comme on les aime. Un peu comme dans les films de l’après-midi sur TF1 ou M6, ces moments où les oiseaux chantent, où tout le monde sourit et où la vie parait tout simplement… simple. Audrey était sortie de chez elle avec le cœur léger, pour la première fois depuis longtemps.

Cela faisait maintenant deux mois que Greg avait rompu avec elle. Il n’avait pas donné d’explication, avait juste envoyé un SMS « c’est fini ». Il avait toujours eu une tendance à la concision. Elle n’avait pas eu plus que ce message. De là, il l’avait bloquée sur les réseaux sociaux et n’avait plus répondu, ni à ses appels, ni à ses messages. Ghostée, comme on dit. Il était passé chez elle à un moment où il savait qu’elle n’était pas là, avait repris le peu d’affaire qu’il y avait laissé et avait mis les clés dans la boite aux lettres. Rien de plus. Pas un mot lui disant qu’il était désolé. Rien. Cela avait eu le don de mettre Audrey en colère mais elle n’avait eu personne vers qui diriger cette colère.

Alors, avait commencé les deux mois les plus longs de sa vie. L’envie de disparaitre sous terre était présente, elle ne voulait plus aller au travail mais il fallait bien manger dans la vie. Elle Elle avait fait son travail, sans plus, était rentrée chez elle, puis, la majeure partie du temps, elle était restée devant une série Netflix et avait attendu, comme ça, sans rien faire, jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller se coucher. Elle se nourrissait parce qu’elle savait que c’était nécessaire à sa survie mais ne prenait plus de plaisir à quoi que ce soit. Elle devenait une loque humaine, ni plus ni moins. Elle qui, pourtant, s’était promis de ne jamais laisser un homme lui dicter comment agir, elle avait mal digérer cette rupture brutale, sans rien de plus qu’un adieu sec. Greg et elle, en tout cas, elle le croyait, étaient pourtant bien ensemble. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment ils avaient pu passer « je t’aime et on sera ensemble pour toujours » à « c’est fini ».

La descente aux enfers avait duré un mois. Petit à petit, elle avait descendu les escaliers vers le néant, sans savoir si où elle allait. Et puis, sans raison, elle était devenue énervée. Sur l’image mentale de sa vie, elle avait rebroussé chemin et remontait désormais lesdits escaliers.

Ce jour-là, alors qu’elle poussait la porte de son immeuble, elle avait l’impression de franchir la dernière marche pour redevenir son vrai elle. Elle alla à la boulangerie, s’acheta, en plus de son pain, un gâteau qu’elle comptait bien déguster le soir et fit quelques courses. Elle rangea ce qui craignait dans son frigo et partit au travail. Pour la première fois depuis longtemps, un poids ne pesait pas dans son estomac alors qu’elle bouclait sa ceinture. Elle arriva au travail, trouva une place pour se garer – chose rare mais il fallait croire que les éléments s’alignaient pour elle – et arriva au bureau avec un large sourire.

_ Bonjour tout le monde !

Ce n’est que là qu’elle vit que tout le monde avait une tête de six pieds de long. Elle tenta de se rappeler pourquoi tout le monde pouvait faire la gueule. Soit, on était lundi, mais bon, on en rigole mais il faut bien commencer la semaine une journée. Était-ce sa faute ? Elle avait fait une tête de six pieds de long pendant trop longtemps et plus personne ne voulait faire d’efforts ? Non. Elle avait vaguement expliqué qu’elle avait des problèmes dans sa vie personnelle et personne n’avait posé plus de question que cela. Elle attrapa sa tasse de café et se rendit dans la salle de pause. Elle mis de l’eau à bouillir et commença à regarder dans la boite à thé. Bon, va pour un thé de Noël. Ok, on est en aout, mais bon Noël, c’est dans pas longtemps, après tout. Rien qu’à l’idée de la neige, du froid, des chocolats chaud, de la bouffe et des cadeaux, elle sourit.

_ Un peu en avance, Audrey !

Elle versait sa tonne de sucre habituelle quand Jordane entra dans la pièce. C’était une femme grande, belle comme une déesse, blonde. C’était simple, on dirait un mannequin. Parfois, Audrey se demandait ce qui l’avait poussée à travailler dans une entreprise de compta.

_ J’ai envie d’un peu de magie aujourd’hui !

Jordane l’étudia alors qu’elle prenait son café puis un fin sourire se dessina sur ses lèvres.

_ On dirait que ça va mieux.

_ Oui, un petit passage à vide, se défendit immédiatement Audrey. Désormais, je pense que je suis en bonne voie pour redevenir moi-même.

_ Je connais aussi. Hésite pas à le dire à Donna. Enfin… Plutôt à son remplaçant.

Audrey sentit sa bouche former un O puis elle se rappela d’une réunion, quelques jours ou semaines avant. Donna, leur chef depuis des années maintenant avait décidé de changer complètement de profession. Elle avait réuni tout le monde et avait dit… Qu’est-ce qu’elle avait dit déjà ? Que la personne qui la remplaçait était en cours de recrutement… Elle avait été recrutée ? C’était largement possible, vu le minimum d’écoute dont avait fait preuve Audrey ces derniers temps, elle ne serait pas surprise si elle était passée à côté de l’information.

_ Et alors ? C’est un homme ?

_ Oh, Audrey, t’étais vraiment à côté de tes pompes. Oui, il arrive aujourd’hui.

_ Ah… Oui, j’ai du zappé que c’était aujourd’hui. Bon, je comprends la tête de tout le monde. On sait quelque chose sur ce type ?

_ Pas encore. On a la présentation officielle du gars vers 11h, je crois. Donna viendra nous chercher.

Audrey retourna à son poste et fit un effort pour paraitre enjouée. Bientôt, elle se plongea dans ses dossiers, avec un peu plus de vigueur que depuis des semaines. Cela lui faisait du bien de retrouver ses tableaux excels, ses chiffres, ses colonnes et lignes, formules et autres macros. Elle avait noué une passion à excel quand elle avait découvert le programme, au collège et depuis, elle le ponçait. Parfois, on disait qu’elle était une pro dans l’art de manipuler des tableaux. Elle rougissait mais elle savait qu’elle en savait plus que la majeure partie des personnes travaillant chez Hackman et Cole.

La matinée fila, plus qu’elle ne l’avait fait ces deux derniers mois. Donna apparut bientôt dans l’open space, pour leur demander d’aller dans la salle de réunion. C’était le moment. La musique de The Final Coutdown résonna brièvement dans la tête d’Audrey et elle fit un effort pour ne pas rire. Souvent, dans des situations de stress ou de stress indues par les autres, des musiques surgissaient dans son esprits et souvent, cela tournait la situation en ridicule. Elle en rigolait souvent seule ou avec Marion, sa meilleure amie. Le pire avait été sa remise de diplôme où elle avait eu la musique de Luis Fonsi Despacito, dans la tête pendant la plupart du discours du doyen de l’université. Quand c’était enfin terminé, elle avait alors eu le thème de Harry Potter dans la tête, sans l’expliquer.

Elle se positionna dans un des coin de la salle. Elle savait d’avance qu’elle n’allait pas forcément écouter le discours de Donna. Cela allait uniquement la faire pleurer, si tant est que cela allait lui provoquer des émotions. Elle rirait avec les autres, parce que c’était ce que l’on attendait d’elle. Parfois, comme maintenant, son esprit partait ailleurs. Elle ne savait pas bien où, n’avait jamais trop compris comment son cerveau réagissait.

_ Et c’est ainsi que je vous présente vous nouveau directeur…

Un bruit sourd emplit alors les oreilles d’Audrey. Elle vit l’homme s’avancer mais avait envie de hurler. Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi ? Elle aurait bien dit qu’il ne pouvait pas lui faire ça mais qui était-elle désormais pour lui demander de faire quoi que ce soit ? Le sourire de Greg alors qu’il entrait dans la salle de réunion ne lui disait rien qui vaille. Elle avait un pressentiment, un mauvais pressentiment. Elle le connaissait. Ils étaient sortis deux ans ensemble avant qu’il ne part sans raison apparente. Était-ce cela la raison? Le fait qu’il savait qu’il allait prendre la direction de l’équipe comptabilité de Hackman et Cole avait-il motivé Greg à la laisser tomber comme une… vieille chaussette, pour être polie. Non… il lui en aurait parlé, il n’aurait pas laissé cela comme ça, sans rien faire de constructif.

Leurs yeux se croisèrent et il eu un mouvement de tête pour elle. Puis pour chacun des collaborateurs. Bien évidemment, personne ne savait qui était Greg pour Audrey. Il avait toujours été hors de question qu’il rencontre ses collègue de bureau et de même pour les siens. Pourquoi ? Audrey ne l’avait jamais su. Un million de théorie farfelues étaient en train de tourner dans sa tête. Il travaillait aussi à Hackman et Cole d. C’était comme cela qu’ils s’étaient connus. Il était directeur de publication de leur magasine juridique. Il n’avait pas voulu en parler parce que les romances au bureau, ce n’était pas trop son truc qui dure deux ans, donc. Avait-il prévu de passer directeur de la comptabilité depuis deux ans et voulait juste voir comment cela se passait de l’intérieur, avec tout ce que pouvait lui raconter Audrey. Oui elle s’épanchait beaucoup sur son travail mais elle adorait ça. Ou alors était-ce une stratégie pour virer Donna, la seule directrice, sur l’ensemble des départements de Hackman et Cole ?

Une petite voix à l’intérieur d’Audrey lui dit que Greg n’était pas assez intelligent pour planifier tout cela depuis deux ans. Et elle était certaine d’avoir raison.

_ Merci à tous de m’accueillir aussi chaleureusement. J’espère que je prendrait la digne relève de Donna. Je sais que le travail est dur, mais je n’ai pas peur de me mouiller. Alors, dans un premier temps, je vais vous envoyer des invitations, pour que l’on fasse connaissance, en tête à tête. Je suis à la compta toute la semaine, cela devrait être bon pour voir tout le monde. En attendant… les petits fours dans la salle de pause sont pour tout le monde !

Tout le monde se pressa sur le buffet. Bientôt, il ne resta plus que Audrey et Greg. Il la regarda et, pour la première fois, elle vit qu’il la regardait avec condescendance. Il avait bien fait de partir, finalement.

_ Audrey…

_ Ravie de vous rencontrer, Greg.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et rejoint les autres dans la salle de pause. Pas mal, ces petits fours.

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