NaNo Prompts 2022 – Jour 24

La même que la plupart des gens. Si on lui avait demandé, quand elle était encore vivante « à quoi ressemble le paradis, selon toi ? », Jane aurait probablement répondu : des nuages, des anges, un ciel bleu, une porte. Elle avait bien d’autres sources d’inspiration qui ne ressemblait pas à ce lieu commun – la série Drop Dead Diva, par exemple, dans laquelle le paradis ressemble plutôt à un immense centre commercial ou un immense complexe de bureau, d’étage et autres – mais ces images n’étaient jamais restées si longtemps que les nuages et les anges dans le cerveau de Jane. Sans doute aussi que son éducation on ne peut plus religieuse prodiguée principalement par sa mère. Mrs Hobble avait mis un point d’honneur à ce que sa fille soit parfaite sur ce point. Elle l’avait amenée à la messe tous les dimanches – même quand Jane avait eu la grippe – et elle avait participé à tous les événements de leur paroisse : collecte de fond, gala, vente de vêtements ou autres… Mrs Hobble n’imaginait pas sa fille allant ailleurs qu’au paradis. Elle lui disait souvent : « tu verras on s’y retrouvera ». Dans la tête de sa mère, Jane le savait, elle se disait que Jane la retrouverait elle. Mrs Hobble était loin de s’imaginer que ce serait Jane qui partait en premier.

Elle avançait sur le chemin de pierre qui se tenait devant elle. Oui, le ciel était bleu mais elle était sur une sorte de pont dont elle ne voyait pas l’autre coté. Ce n’était pas le brouillard – il ne semblait pas y en avoir – mais pourtant, c’était comme si le point était trop long pour qu’elle en voie le bout. Sans doute qu’elle se faisait des illusions. Mais alors quoi ? Revenir en arrière ?

Au bout d’une dizaines de minutes, un homme apparut sur le pont. Il fit un signe de la main, pour la faire stopper, une fois qu’elle fut arrivée à son niveau. Jane s’arrêta et attendit.

_ Pourquoi êtes vous ici ?

Elle fronça les sourcils avant de répondre :

_ Je suis morte.

_ Comment ?

_ Accident de voiture, enfin, je crois.

_ Vous n’êtes pas certaine ?

_ Comment je pourrais l’être ? Je n’étais pas vraiment là.

L’homme pencha la tête sur le côté et claqua des doigts. Une télévision apparut de nulle part et Jane se vit, en train de monter dans la voiture. C’était il y a quelques minutes, dizaines de minutes, heures… elle ne savait plus. Elle revit sa matinée, qui ressemblait à toutes les matinées de sa vie. Se lever, préparer le petit-déjeuner, tenter de faire parler sa fille, parler avec son mari du repas du soir, nettoyer la maison, aller faire des courses. C’était à ce moment là qu’elle prenait la voiture. Elle se vit faire le trajet qu’elle faisait tous les jours depuis des années. Au premier feu rouge, elle se souvint alors. Elle avait vu son mari sortir par la porte arrière de la pharmacie, avec une femme. Il la tenait par le bras, dans un geste si plein d’amour qu’elle avait eu envie de vomir. Si elle n’était pas réglée au millimètre, elle aurait probablement vomi dans son sac ou bien sur le siège passager. Elle avait voulu croire se tromper mais il n’y avait pas de quoi se tromper dans le baiser que son mari avait ensuite échangé avec cette femme, cette femme qui n’était pas sa femme. Elle avait raté le feu vert, malgré le coup de klaxon de la personne derrière elle. La seconde fois, elle s’était reprise et avait continué sa routine du matin.

Elle avait fait les courses pour les trois jours à venir – pas plus, chérie, avait dit Lewis le matin, après, tu sais bien que les aliments ne sont plus frais. Était-ce aussi sa date de péremption à elle ? Elle se souvenait avec un émoi particulier des premier temps de leur relation, quand elle n’avait pas voulu officialiser leur couple. Jane avait peur que sa mère désapprouve de son amour avec Lewis. Il n’était pas croyant – en quoi que ce soit – et en plus, il avait déjà eu une femme avant elle. Jane ne savait rien d’elle, n’avait jamais demandé à savoir quoi que ce soit. Cela avait plutôt eu l’air d’arranger Lewis. Mais c’est vrai qu’une fois leur mariage passé, Lewis avait rapidement perdu de l’intérêt. Il faut dire qu’ils s’étaient mariés uniquement parce qu’elle avait accepté de faire l’amour avant le mariage et qu’il avait suffit d’une fois pour qu’elle tombe enceinte. Elle avait idiotement pensé que cela allait arriver. Dans un univers parallèle, Lewis ne lui avait jamais demandé sa main. Jane était la preuve morte que l’on pouvait vivre toute une vie en n’ayant fait l’amour qu’une fois et en ayant un enfant. Sarah, sa fille, était née de leur seule nuit de passion. Lewis n’avait jamais voulu remettre le couvert. C’était sans doute de la faute de la femme à la pharmacie. Jane ne la connaissait pas mais Lewis et elle avaient l’air proche. Trop proches pour une simple cliente, même juste pour un flirt.

Alors qu’elle rentrait chez elle, Jane avait nettement ressenti qu’elle n’était plus concentrée du tout. Au feu rouge du parc, alors que ce dernier se colorait d’orange, elle avait appuyé sur l’accélérateur. Si elle avait été dans son état normal, elle n’aurait jamais fait ça. Sur la rue perpendiculaire, une voiture arriva et la collision était inévitable.

Ce qui chagrina Jane alors qu’elle regardait les derniers instants de sa vie, ce fut qu’elle avait du yaourt à la myrtille dans les cheveux. Était-ce là une façon de mourir ? Allait-il la laver avant de la mettre en terre ? Dans quels vêtements ?

Elle leva les yeux vers l’homme.

_ Et ?

_ Vous avez voulu cet accident ?

_ Non ! Je… J’étais déconcentré par le fait que mon mari… J’étais déconcentrée.

Jane commença à triturer son alliance. Cela n’échappa pas à l’homme devant elle. Sous ses yeux ébahis, le pont se scinda en deux et l’homme lui indiqua « droite, puis, au bout du pont, encore à droite. Une fois dans l’immeuble, deuxième étage, porte 503. » Jane ouvirt la bouche mais elle sentit que l’homme ne parlerait pas plus. Droite, droite, immeuble, deuxième étage, porte 503. Jane se répéta le chemin puis elle continua sur le pont. Elle vit bientôt la terre et un immeuble. Deuxième étage, porte 503. Rien d’écrit. Elle hésita un instant puis frappa à la porte.

_ Entrez.

Elle ouvrit la prote pour tomber sur le bureau de son papi, le père de son père. C’était une pièce sombre, avec du mobilier sombre et des murs sombres. La seule chose qu’elle aimait dans cette pièce, c’était son papi. Et les livres. Un homme se tenait au milieu. Un homme qui n’était pas son papi.

_ Mrs Docas.

_ Bonjour, je… je ne comprends pas…

Elle pinta du doigt le bureau et n’osa pas avancer dans la pièce.

_ Ah oui. Eh bien, cette pièce prend l’apparence que vus lui attribuez. Vous avez du, inconsciemment, penser à ce bureau avant de rentrer. Un signification particulière ?

_ Non, enfin, je ne pense pas.

_ Le bureau de quelqu’un en particulier ?

_ Mon papi, mais je n’y suis plus retournée depuis des années. Et puis, la maison n’est plus dans la famille et je ne comprends pas…

_ Ce bureau, vous l’aimiez ?

_ Non, pas tellement.

_ Hum, c’est bien ce que je pensais.

La porte claque derrière Jane qui sursauta. Elle vit ensuite l’homme faire les cent pas dans la pièce, regardant des ouvrages au hasard et touchant le mobilier.

_ On ressent de la peur dans cette pièce. Vous avez peur, Mrs Docas ?

Jane le regarda avec un air qu’elle aurait voulu défiant. Elle n’avait jamais été bonne au théâtre et aurait fait une piètre comédienne si elle avait du s’orienter là-dedans. Elle baissa les yeux. Si l’on pouvait faire apparaître n’importe quel bureau, il y avait des chances que cet homme puisse lire dans son esprit.

_ Un peu, oui.

_ Que pensez-vous que je vais faire ?

_ Je n’en sais rien.

_ Vous savez où vous êtes ?

_ J’ai une vague idée mais elle s’efface de plus en plus au fur et à mesure.

Il haussa un sourcil.

_ Eh bien, je pensais que quand je mourrais, j’irai immédiatement au paradis. Mais… ça ne ressemble pas du tout à l’idée que je m’en faisais.

_ Pas de nuage, d’ange, de porte en fer avec un type barbu qui fait l’appel, c’est ça ?

Elle hocha la tête. Décidément, elle avait de plus en plus l’impression d’être mise à nue devant les yeux de ces gens.

_ Le paradis, Mrs Docas…

_ Jane, s’il vous plaît. Si… hum… Si vous en avez le droit, bien sûr.

Il la regarda avec un demi sourire avant de reprendre :

_ Le paradis, Jane, n’est pas figé. Il dépend de celui qui arrive. Comme pour ce bureau. Certains vont y voir des nuages, des anges et un barbu. Vous avez vu un pont.

_ Je sais.

_ C’est assez rare en réalité.

_ Ah oui ?

L’homme lui fit signe de s’asseoir. Elle obtempéra et il s’assit en face d’elle dans ces fauteuils en cuir qu’elle avait connus étant enfant, qu’elle avait détesté comme le reste du bureau. Le cuir collait à ses cuisse, faisait des bruits qu’elle avait en horreur et en plus, elle l’avait appris avec le temps, était horriblement difficile à laver.

_ Jane, il y a trois scénarios en arrivant ici. Les nuages, les anges et le barbu. Le train qui va en enfer. Et le pont. Un pour cent des personnes voit le pont.

_ Qu’est-ce qu’il a ce pont ?

_ Il signifie que vous n’avez pas encore tout à fait fini ce que vous aviez à faire sur terre. Que vous êtes partie avec des choses non résolues. Des choses qui risquent de hanter votre éternité.

Jane déglutit. Elle n’était pas du genre à s’épancher sur son sort, surtout à un homme, encore moins un qu’elle ne connaissait pas.

_ Quelque chose que vous voudriez faire, si vous en aviez la possibilité ?

Jane tourna la tête de gauche à droite. Elle revit son mari avec cette femme, ferma les yeux, se força à vider son esprit et inspira profondément. De toute façon, qu’est-ce que ça changeait ?

_ Vous venger, par exemple ?

Elle ouvrit les yeux et pencha la tête sur le côté. Ses yeux se plissèrent et elle dit :

_ Comment ça ?

_ Votre mari vous trompe. Vous le savez depuis ce matin, sans doute depuis plus longtemps si vous êtes honnête. Si je vous disais que vous pouvez retourner sur terre, vous venger de votre mari et cette femme et de toute les autres, qu’est-ce que vous répondez ?

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