NaNo Prompts 2022 – Jour 8

Elle n’avait jamais ressenti une telle adrénaline. Enfin, si, sans doute. Mais ce n’était pas le même genre, pas la même vie, sans doute aussi. Elle devait trouver la tenue qu’il lui fallait pour sortir avec Jim, elle le devait. Cela faisait des mois qu’elle lui courait après, il fallait que le date, comme il disait avec son superbe accent anglais, soit parfait. Rien de plus, rien de moins. Tout juste ce qu’il faut. Et c’était déjà un date, elle avait donc gagné au moins des points.

Elle avait depuis longtemps renoncé à avoir une armoire, une penderie ou tout autre commode. Elle n’était pas souvent chez elle de par le travail et avoir tout dans une valise suffisait. Quand elle partait pour plus longtemps, elle prenait une malle. Elle en avait quelques unes dans son appartement, vestiges de sa vie.

Elle trouva enfin le haut de plage avec le short court qu’elle voulait. Après tout, elle avait posé ses affaires à Nice pour l’instant, ce n’était pas pour se balader en jogging et en tee-shirt large. Il faisait assez bon pour la saison et, si elle avait froid, elle pourrait toujours prendre cela comme excuse pour se rapprocher de Jim.

Ah… Jim… elle l’avait rencontré au théâtre d’impro, une passion à laquelle elle s’adonnait dès qu’elle avait du temps libre. Le fait de ne pas vivre toujours au même endroit ou de ne pas toujours jouer les mêmes jours aux mêmes horaires desservait peut-être sa carrière – elle réfléchissait à la reconversion mais n’était pas encore complètement convaincue – mais elle ne pouvait guère faire autrement. A la fin d’une de ses représentations, il s’était approché d’elle et avait commencé à lui parler en anglais. Elle était tombée sous le charme. Bien évidemment, elle parlait anglais couramment, étant hôtesse de l’air, elle n’avait pas d’autre choix. Ils avaient bien discuté, il lui avait demandé de lui parler de son métier atypique – qui aime passer sa vie dans les avions, avait-il demandé en riant. Elle aimait cela, mais elle s’était abstenue de tout commentaire. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle réussissait à avoir une conversation fluide avec quelqu’un, d’autant plus du sexe opposé, il n’était pas question de la gâcher avec son cynisme habituel.

Puis, Jim avait montré son vrai visage. Du moins, il avait montré que pour sortir avec lui, il fallait le mériter. Des semaines à le chasser, à le faire rire, à avoir des discussions avec lui sur des sujets inintéressant – est-ce que Theresa May est mieux que Tony Blair comme Premier Ministre, pour ne citer qu’un exemple – des heures à l’attendre après sa séance de sport… Tina avait horreur de se montrer aussi vulnérable mais elle avait craqué et elle savait comment elle était quand elle craquait. Elle redevenait une adolescente de treize ans qui rencontre Zac Efron – true story.

Une fois devant le restaurant, Jim passa un temps infini à regarder la carte et surtout, du moins Tina le soupçonnait, les prix. Malgré le fait que ce soit elle qui aie fait tous les efforts pour lui prouvé qu’elle méritait une chance, il avait tout de même eu la galanterie de dire qu’il l’invitait. Si c’était pour choisir le restaurant en fonction de ses tarifs, ce n’était peut être pas tant la peine que ça… Tina se raisonna. Certes, Jim avait des côtés très agaçants, mais il avait un atout majeur : il était beau comme un dieu. Beau à en tomber par terre. Tina ne lui avait bien évidemment pas dit qu’elle n’était pas sorti avec un homme depuis… deux ans ? Trois ? Elle avait laissé planer le doute sur cette partie de sa vie. Pourquoi le faire fuir. Comme toutes les femmes, Tina avait des besoins. Au delà de vouloir une compagnie, il y avait longtemps que sa voiture n’était pas sortie du garage – ou plutôt, aucune voiture n’était rentré dans son garage. A cette pensée, des picotements se firent sentir dans son entrejambe et elle du croiser les jambes pour éviter de trop rougir. Grand dieu qu’elle avait besoin de cette révision.

_ Ce resto est assez chic, fit remarquer Jim. Est-ce que ça te convient ?

_ Oui, je ne suis pas trop difficile.

Merde, il allait peut-être penser que c’était un commentaire sur sa façon d’être lui. Non, allez, on se recentre, pas la peine de penser qu’il pense quelque chose alors qu’on ne sait pas si c’est le cas.

_ Alors qu’est-ce que tu dirais d’aller juste se prendre un verre dans un de ces cabanons sur la plage ?

« Tu veux dire là où le mojito est à 2 euros ? » Tina se força à sourire, chassant son cynisme encore un peu plus loin. Elle savait qu’elle était exigeante avec ses conquêtes amoureuse – sinon pourquoi avoir été célibataire depuis si longtemps, lui avait-on abondamment demandé à l’époque où elle croyait encore aux sites de rencontre – mais là, elle tenait le partenaire parfait, elle le sentait. Elle n’était pourtant pas du genre à croire au destin mais que l’univers lui envoie Jim lui avait fait avoir une toute nouvelle perspective sur tout ça. Peut-être qu’il y avait vraiment un dieu et qu’il avait exhaucé ses prières – maintenant, elle allait rester, se battre et en être fière.

_ Oui, si tu veux.

Alors qu’il sirotait leur mojito – cheap – Jim parlait de sa jeunesse en Angleterre, des différences avec la France (toujours pro Angleterre, bien entendu) et que s’il était venu s’installer en France, ce n’était que provisoire et que, dès qu’il en aurait l’occasion, il rentrerait en Angleterre, où la vie était quand même plus belle. Tina eut l’audace de faire remarquer qu’il faisait quand même un meilleur temps à Nice qu’à Londres ou ailleurs au Royaume-Uni – ce qui était vrai puisqu’on était en octobre et qu’elle pouvait encore se promener comme si on était en plein été. Jim envoya balader la remarque d’un geste de la main, indiquant que c’était certes agréable mais rien comparé aux énormes avantages que représentait la vie en Angleterre – et non pas au Royaume-Uni, précisa-t-il. Tina se retint de parler sécurité sociale et autres joyeusetés et sirota son mojito.

La pauvre, elle ne savait tellement pas ce qui l’attendait.

_ Joyeux anniversaire, chéri !

Elle présenta un gâteau devant la tête de Jim qui, encore ensommeillé, ouvrit vaguement un œil et sourit poliment. Il se frotta les yeux, regarda son téléphone et répliqua :

_ C’est pas mon anniversaire.

_ Notre anniversaire, corrigea joyeusement Tina. Deux ans, tu te rends compte ?

Elle commença a couper le gâteau en deux, en prit une part dans sa main et tendit l’autre, encore sur l’assiette à Jim. Ce dernier la regarda s’asseoir sur le lit et lui dit :

_ C’est pas parce que c’est soit-disant notre anniversaire que tu peux manger dans le lit. Tu sais que je déteste les miettes là où je dors.

_ Oui mais je…

_ JE N’AIME PAS LES MIETTES DANS LE LIT, C’EST PAS COMPLIQUE A COMPRENDRE, MERDE !

Tina se releva et s’excusa platement. C’était vrai, elle le savait, il n’aimait pas les miettes dans le lit. Elle aurait pu faire un effort. Mais elle voulait lui faire la surprise. Elle était allée au petit magasin qu’il adorait, qui était à l’autre côté de Londres, à sept heures ce matin, juste pour ça. Mais il ne le savait pas. Alors comment pourrait-il la féliciter alors qu’il ne le savait pas ? Tina regarda son gâteau.

_ Tu ne vas pas le manger dans la chambre, tu n’as aucune manières ou quoi ? Comment on vous élève en France ?

Elle s’avança et tendit la main.

_ Quoi ?

_ Je vais prendre l’assiette et on va le manger ensemble à côté. Tu as raison, je n’aurais pas dû l’amener dans la chambre. Je suis désolée.

_ Je sais manger, contrairement à toi qui te goinfre à chaque fois que l’on a du gâteau à la maison.

_ Mais on devrait le manger ensemble vu que je l’ai acheté juste pour fêter…

_ Avec quel argent, hein ?

Tina pencha la tête de côté. Elle avait la chance de pouvoir exercé son métier de n’importe quel pays du monde. Quand Jim lui avait proposé de le suivre en Angleterre, elle n’avait pas hésité et avait entamé les démarches pour basculer de Air France à British Airways. Ces choses là se faisaient. Dans son cas, elles avaient pris un peu de temps, du au Brexit, mais elle étaient restée peut-être deux ou trois mois sans travailler avant de reprendre son travail. Pendant ce temps, Jim avait subvenu aux besoins, et elle aussi, avec ses économies. Mais ça, bien évidemment, Jim ne le comptait pas.

_ Avec mon argent. Je travaille, Jim.

_ Pfff, c’est un hobby.

_ Un hobby payé, j’appelle ça du travail. Comme toi et l’impro.

_ J’ai une carrière, moi.

Tina ouvrit la bouche mais Jim la devança :

_ T’ES ENCORE LA AVEC TON GATEAU ?! VA MANGER DANS LA CUISINE.

Elle se réfugia sur la banquette du bow window. Ce que Jim ne voyait pas ne lui ferait pas de mal. Elle n’allait pas faire de bêtises. Les crises de cris étaient de plus en plus fréquentes. Jim avait en effet commencé une carrière à temps complet de comédien et cela lui prenait des horaires pas possibles. Cela fonctionnait, oui, il ramenait de l’argent à la maison, oui. Mais sur la balance, c’était clairement Tina qui faisait vivre le foyer. Elle ouvrit la fenêtre en soupirant et lança les miettes de gâteau. Plus aucune preuve.

_ Qu’est-ce que tu fous à ouvrir la fenêtre ? Il caille. Mais t’es conne ou quoi ?

La sonnerie si caractéristique de Skype retentit. Elle alla vers son ordinateur – un vieux, encore en AZERTY, parce qu’elle n’avait jamais réussi à se faire au QWERTY. Sa mère ? Flûte. Bon, pas trop de lumière, elle ne le verra peut-être pas.

_ Bonjour maman !

_ Oh mon dieu, Tina, qu’est-ce qu’il t’es arrivé ?

_ Je suis tombée dans l’escalier. Ce n’est rien maman. Comment tu vas ?

_ Bien, bien. Mais tu es certaine que ça va. On dirait que tu ne t’es pas loupée.

_ Les marches, ça pardonne pas, tu sais. Tu te souviens de Milo, dans les marches ?

Divertissement enclenché. Pendant trente minutes, elles passèrent d’anecdotes en anecdotes de son enfance te celle de son frère, sans plus parler de l’énorme plus qui lui striait la joue. Le reste de l’appel se passa bien et Tina raccrocha avec un sentiment de fierté suivi, comme toujours d’un sentiment de honte. Depuis que Jim était devenu violent physiquement avec elle, elle le cachait. C’était quand elle questionnait son autorité, ou qu’elle faisait quelque chose qui ne lui plaisait pas. Le pire, c’est quand elle parlait en français. Depuis quelques mois, il le lui avait interdit. Sa mère l’appelait donc quand Jim n’était pas là, puisque cette dernière ne parlait pas un mot d’anglais.

Le soir, après que Jim est allée se coucher, elle resta un instant en bas et profita de ce calme. Il s’était encore emporté parce qu’elle avait osé mettre du poivre sur son steak. Quand elle avait protesté qu’il aimait le poivre, il lui avait reproché de ne pas faire attention à lui, qu’il était allergique au poivre depuis tout petit. Pour ponctuer le tout, il lui avait mis du poivre dans la gorge en lui demandant si c’était agréable. Alors qu’elle buvait à grandes gorgées pour faire passer le goût, elle l’avait vu manger son steak tranquillement, en souriant. « Oh, c’était une blague, t’as vraiment un sens de l’humour de française ». Oui, c’était sans doute ça.

Elle vit qu’elle avait un message. Sa mère. Pas d’objet, juste un lien. C’était suspect mais bon, elle reconnaissait formellement l’adresse e-mail de sa mère. Elle cliqua sur le lien.

« Êtes vous dans une relation toxique ? » S’en suivait un test. Sans trop y faire attention, Tina répondit aux questions. A la fin du test, une femme qui courrait apparut sur l’écran. « Fuyez, votre conjoint.e est malsain.e ».

Si sa vie avait changé sur une plage à Nice, un nouveau chapitre était prêt à être ouvert. Un qu’elle ne voulait pas ouvrir.

Total de mots pour la journée : 1991

Total de mots pour le NaNo : 11 994

En plus : Plus qu’environ 1300 mots de retard, je reprends du poil de la bête. Je suis aussi revenue de vacances et vais m’installer dans une routine plus sympa avec des horaires ou plus de facilités du moins pour écrire. Je suis assez fière de moi. Si je grignote un peu tous les jours, on va le finir ce NaNo.

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