NaNo Prompts 2022 – Jour 11

Il était huit heures du matin, l’heure de prendre un café. Il ne s’était pas préparé à ouvrir sa boite mail mais un « ting » familier avait retentit alors qu’il avait lancé son ordinateur. Puis un autre. Et encore un.

Il alla vers son bureau et vit les messages arriver encore et encore. Encore et encore et encore. Toute sa messagerie était en gras, impossible d’ignorer que le nombre de messages affluait encore et encore. Pourquoi ? Il ne le savait pas. Il cligna des yeux, persuadé que c’était un rêve mais non, ce n’était pas le cas. Sur l’onglet ouvert de sa messagerie, le nombre augmentait. Il était à deux cent, désormais. Non, deux cent un. Non, deux cent cinq.

Toujours pas un rêve.

Matt était cependant un homme ordonné. Aussi éteignit-il le son de son ordinateur et reprit-il sa tasse à café fumante dans ses mains. Il avait besoin de prendre un bon départ le matin et voir les messages affluer avait commencer à resserrer une étole autour de son torse. Alors, il sirota le breuvage réveillant, devant sa fenêtre, regardant son champ en se laissant aller à penser que la journée allait être la même que toutes les autres. Il avait une routine qui le rassurait : se lever, prendre un café, consulter sa messagerie, préparer ses vidéos, les tourner s’il le pouvait puis dessiner en fin de journée. Alors qu’il se répétait la routine dans sa tête, il prit conscience que celle d’aujourd’hui risquait fort d’être impactée.

Il nettoya sa tasse avec des gestes lents, retardant l’inévitable. « Je travaille à mon compte, après tout. Je pourrais décider qu’aujourd’hui est une journée off et je verrai tout ça demain ». Non, hors de question de repousser l’échéance. Pourquoi est-ce que ces mails le rendait dans cet état ? Une seul façon de le savoir, les lire.

Il retourna à son bureau et remonta au premier mail, qui datait de la veille, vers 22h. C’était un commentaire sur sa vidéo Youtube de la semaine passé. Un commentaire gentil, une personne qui avait apprécié son contenu. Au fur et à mesure qu’il remontait les mails, il se rendit compte que tout concernait Youtube et sa chaîne. Il se rendit sur l’outils de création de vidéos et vit les centaines de notifications : nouveau j’aime de la part de untel, nouveau commentaire sous votre vidéo…

Il prit deux heurs pour en venir à bout mais il lut toutes les notifications. Beaucoup de commentaires étaient élogieux, relevaient de la critique constructive sur son montage ou bien juste un soutien. Il avait eu quelques détracteurs, bien entendu. A base de « c nul » ou « tou pourri ton montage », Matt savait très bien que les rageux n’étaient pas à prendre au sérieux.

Quand il avait lancé sa chaine, Youtube, ce n’était pas pour devenir célèbre ou pour changer de carrière, non. Il avait envie de partager sa façon de vivre et s’était dit qu’en vidéo, c’était sans doute le meilleur moyen. Alors, il avait lancé « MattTiny », la chaîne qu’il animait depuis deux ans, sur sa façon de vivre dans une tiny house en plein milieu d’un champ. Sa façon de faire des choses qu’il n’avait pas l’habitude de faire. L’avancée de son propre potager. Comment faire pour vivre dans une maison toute petite et pourtant être bien. Comment allier la nature et la nécessité, dans notre société moderne, de travailler, pour gagner de l’argent et donc vivre.

Il était devenu graphiste indépendant trois auparavant. Au début, il avait allier son activité personnelle avec un travail dans un cabinet de graphistes. Ses collègues avaient été mis au courant, ce n’était pas rares dans ce genre de structures. Sans qu’il s’en aperçoive tellement plus que ça, son activité indépendante se développait bien. Jusqu’à ce qu’il puisse dégager assez d’argent pour faire concurrence à son activité salariée. Aussi, il posa sa démission. De fait, il acheta au même moment la tiny house et parti s’installer au vert.

Au début, il s’était senti seul. Très seul. Matt avait toujours été un citadin, élevé à Paris par ses parents, en plein cœur d’une ville bruyante, où tout le monde se retrouve les uns sur les autres et où les rames de métro le paniquaient alors déjà. Il n’avait jamais aimé la proximité physique avec des étrangers. Quand il était en études supérieures, il avait eu l’occasion de partir à l’étranger. Là encore, il s’était retrouvé dans une grande ville – Londres, en l’occurrence – et avait continué son mode de vie citadin. Mais d’un coup, c’était comme si la ville l’oppressait, il n’avait pas réussi lui même a l’expliquer mais c’était un sentiment qui était arrivé du jour au lendemain, sans qu’il ne puisse le réfréner, comme il l’avait sans doute fait depuis toutes ces années. Quand il avait passé la première nuit dans la tiny house, il avait senti un vide mais aussi, paradoxalement, une plénitude totale. Et, avec le temps, il avait commencé à connaitre les gens du hameau où il s’était installée, en plein milieu de la Picardie. Jean-Marie, qui faisait son vin et qui ne manquait jamais de l’aider su un projet. Josette, qui faisait le meilleur gâteau au chocolat du monde. David et Patrick, le couple qui venait d’adopter une petite fille, Nina. Louis, qui avait un chien si mignon qu’il était impossible de ne pas lui donner de friandise. Il adorait toutes ses personnes comme si elles faisaient partie de sa famille. Quelque part, le hameau des Hautes Rives était une famille.

Il était midi et le moment, normalement de manger, dans la routine qu’il avait créée. Mais tout était décalé et il n’avait pas tellement faim. Il prit son téléphone et le posta en face de lui. Ce n’était pas tellement son genre de faire des stories, il n’aimait pas le média Instagram mais il se sentait redevable alors, il commença à parler.

« Bonjour à tous. J’ai eu un peu peur en me réveillant ce matin et en voyant tant d’activité, sur mon téléphone ou sur mon ordinateur. J’ai presque cru que j’avais gagné à la loterie. Mais je ne joue pas. J’ai lu tous vos mots, sur Youtube et je vais bientôt les lire ici et je voulais vous remercier. Vraiment, c’était le petit coup de boost dont j’avais besoin aujourd’hui ». Sans prendre la peine de se revoir, il posta la storie immédiatement et commença à parcourir les commentaires Instagram, les partages, les mentions… Il avait l’impression d’être partout.

En l’espace d’une nuit, il était passé de 250 abonnés sur Youtube à 1000. Le même ration s’appliquait à Instagram. Pourquoi ?

Son téléphone vibra alors qu’il faisait chauffer ses pâtes, une heure plus tard. Sylvia ?

_ Un problème ?

_ Bravo, chef ! Je vois que tu es partout !

_ Ah, je vois que tu as suivi de loin mon ascension phénoménale.

Il rit doucement mais savait que, à l’heure d’aujourd’hui, il était tout de même rare d’avoir ce grne de chance. Chance ou travial ? Sans doute les deux.

_ J’ai vraiment de la chance.

_ Aucun rapport avec la chance.

Alors, Matt apprit ce qui s’était vraiment passé. Un Youtubeur connu dans le monde de la déco intérieure et des habitations atypiques avait présenté sa chaine et en avait tellement bien parlé que les gens avaient simplement suivi le chemin. Pareil sur Instagram. DukeHouse, c’était le spécialiste, l’avait aidé. Matt regarda la vidéo qui parlait de sa chaîne et laissa un commentaire de remerciement. Mais ce n’était pas assez. Aussi se rendit-il sur l’Instagram de Duke et envoya un long message.

« Bonjour Duke. Je voulais te remercier pour l’intérêt que tu portes à ma chaîne, vraiment. J’ai regardé ta vidéo – pas par égoïsme je te rassure – et je voulais vraiment te féliciter pour la qualité. Merci pour le coup de pouce et à la prochaine.« 

Puis Matt fit face à un dilemme. Il était quatorze heures et, d’ordinaire, il allait marcher ou faire des courses ou faire une sieste. Les vidéos de la journée étaient en générale écrites et il en avait tournée une. Mais aujourd’hui, tout avait été chamboulé. Il se dit qu’il allait écrire les vidéos pour les filmer demain, tout allait se remettre en place…

Flash Forward de trois ans.

Matt se lève, il est six heures. Il prend son café et lit les derniers commentaires sous ses vidéos Youtube en tartinant – mal – son petit-déjeuner. Il avait bien évolué en trois ans. Il savait désormais organiser ses journées pour plus de productivité. Il sortait deux vidéos par semaine, toujours le mardi et le vendredi et parfois une vidéo bonus le dimanche. Son compte Instagram était parfait, il était alimenté régulièrement – presque tous les jours. Il était devenu ce qu’on appelait un influenceur. Sa principale source de revenus était sa chaîne Youtube et son compte Instagram, ainsi que les partenariat et collaborations rémunérées qu’il pouvait faire.

Mais, il le savait, c’était au prix de nombreux sacrifices. Il n’avait pas pris de vacances depuis deux ans. Environ le même temps depuis qu’il avait vu ses parents pour la dernière fois. Il était levé de six heures du matin à vingt-trois heures le soir, tous les jours. Et le pire, c’est que sa passion première, le dessin, était passé au second plan. Aujourd’hui, il recevait de la visite, mais il était déjà en train de paniquer sur le retard qu’il allait prendre dans son panning.

A dix heures, alors qu’il avait déjà écrit deux vidéos et qu’il avait planifié cinq posts Instagram, il entend un coup de klaxon qui provient du pré. Dehors, la Dacia de Sylvia se découpe. Elle va rester deux jours. Ce n’est rien, deux jours. Mais c’est déjà trop pour Matt. Il faut qu’il tienne le rythme. Mais, plus important, il faut qu’il prenne aussi le temps de paraitre noraml. Il sait que son train de vie ne correspond à rien et qu’il devrait prendre du temps pour lui. Mais le temps, il court après, il n’a jamais le temps, jamais.

_ Sylvia !

_ Hey, Matt, dur à trouver !

_ C’était le but de la manoeuvre :!

Les deux amis s’enlacent. Il n’avait pas vu Sylvia depuis deux ans, ou trois ou peut-être moins, impossible à dire. Tout se passe tellement vite. Ils prennent un café – le troisième pour Matt mais il s’abstient de le faire remarquer – et discutent de la vie. Sylvia suit les aventures de Matt sur les réseaux sociaux et n’est étonnée de rien de ce qu’il raconte. Sylvia travaille toujours dans un bureau, elle apprécie avoir des collègues proches et elle vient d’acheter une maison en banlieue parisienne, avec son chéri.

_ Prochaine étape, dit-elle radieuse, le bébé.

_ Ah, je ne savais pas que tu voulais des enfants.

Sylvia fait une petite moue dubitative et elle sirote son café. Un long moment passe sans qu’un des deux ne dise quoi que ce soit. Le seul bruit, un peu lointain et celui des notifications qui s’affolent sur le téléphone de Matt. On est Mardi et qui dit mardi dit nouvelle vidéo. Alors, son téléphone affiche toujours des tas de notifications. Il les regardera demain matin, avec le café. Ah, peut-être pas, puisque Sylvia est là. Par habitude, il commence à se frictionner le pouce.

_ Tu es certain que ça va, Matt ?

_ Oui, oui, c’est juste… On est mardi.

_ Je sais. Mais tu as un air de… on dirait que tu es pareil que quand tu étais à Paris, il y a cinq ans. Je ne t’avais jamais vu avec des cernes, depuis que tu étais ici. Même la dernière fois, alros que la chaîne avait grandi.

Matt se frictionne davantage le pouce. Il a envie de lui parler de la pression qu’il ressent depuis que la chaîne est vraiment grande, de la sensation qu’il a de devoir toujours faire tout bien, parce que sinon, il va tomber. Il voudrait lui dire qu’il voudrait reprendre des commandes de graphisme, que cela fait deux mois qu’il n’a pas allumer sa tablette. Mais elle ne peux pas comprendre, elle n’est pas dans ce cercle. Elle va juste lui dire de ralentir, mais on ne peux pas ralentir les réseaux sociaux. Si on ralentit, si on arrête, on disparait. Et c’est la plus grande angoisse de Matt depuis quelques temps : mourir, disparaitre des réseaux et ne plus être personne. Lui qui avait toujours eu des problèmes de confiance en lui, lui qui voulait être pris comme un exemple, il reçoit, tous les jours, des gens qui ont lancé leur business, qui ont tenté l’expérience tiny house parce qu’il est là pour montrer que c’est possible.

Alors s’il disparait, comment les gens sauront que c’est la plus belle chose au monde ?

Sylvia lui prend la main. Il voit des gouttes salées s’écraser sur leurs peaux jointes. Il ne s’était pas rendu compte qu’il pleurait. Doucement, Sylvia le prend dans ses bras et il se laisse aller. Ce qui semble une éternité plus tard, il ouvre les yeux. Il est allongé sur le canapé et il voit Sylvia, assise en face de lui. Elle est souriatne, une nouvelle tasse de café dans la main. Il avise de deux valises, près de la porte.

_ On part. Tu en as besoin. Ce n’est pas ouvert à la discussion.

Il ne dit rien, se lève et embarque les valises dans la voiture de Sylvia. Il sent bien qu’il est dans un état second, un état proche de…

_ Matt ?

_ Hum ?

_ On va en Corse.

Il ouvre la bouche. Elle le devance :

_ Oui, j’ai pris ta caméra. Mais j’ai laissé ton ordinateur là-bas.

Matt regarde sa maison disparaitre derrière lui. Sans ordinateur, comment va-t-il pouvoir travailler.

_ J’ai pris ton téléphone, je ne suis pas une méchante. Mais j’ai mis une limite de temps. Matt, crois-moi tu as besoin d’un break.

Elle a sans doute raison. Mais pourquoi alors se sent-il comme piégé ?

Total des mots pour la journée : 2287

Total des mots pour le NaNo : 17 970

En plus : on grignote on grignote et on rattrape le retard (un peu)

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